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La distanciation sociale, une erreur d’appellation

Cette lettre d’opinion a été écrite par Margaret Eaton, cheffe de la direction nationale de l’Association canadienne pour la santé mentale. La lettre a été publiée dans le Globe and Mail, le 23 mars 2020.

Les autorités de santé publique nous exhortent à pratiquer ce qu’elles appellent la « distanciation sociale » afin d’éviter la transmission du nouveau coronavirus. Largement répandue dans le domaine de la prévention des infections, cette expression renvoie aux mesures de réduction des contacts physiques étroits à l’échelle individuelle (espacement de deux mètres entre les personnes) et collective (fermeture des espaces publics et privés et annulation des événements susceptibles de rassembler un grand nombre de personnes). 

La distanciation sociale est devenue le principal moyen de prendre part à la lutte contre la propagation du virus. 

Mais bien que cette approche de santé publique soit sans doute appropriée, l’appellation elle, ne l’est pas. 

Ainsi, « distanciation sociale » implique que nous devons prendre nos distances socialement alors que nous devrions seulement le faire physiquement. Autrement dit, nous devrions maintenir le tissu social et participer à la vie collective – sans proximité physique. 

En effet, les gens ont besoin plus que tout de soutien et de liens sociaux actuellement, parce que les rapports authentiques entre humains sont essentiels à notre santé mentale. Des études ont démontré que les réseaux de soutien – ce qui comprend le soutien émotionnel, la camaraderie et des occasions de tisser des liens sociaux significatifs – apportent des bienfaits sur la santé mentale, le niveau stress, le bien-être psychologique et l’estime de soi. Les personnes qui entretiennent peu ou de mauvais liens sociaux, sont quant à eux, plus à risque d‘anxiété, de dépression, de comportements antisociaux et de comportements suicidaires. En fait, l’Organisation mondiale de la Santé, qui a été aux premières lignes de la lutte contre la COVID-19, a identifié l’inclusion sociale et l’intégration comme étant d’importants facteurs de protection pour la santé mentale. La solitude, elle, est néfaste pour notre santé. 

Bien avant que la pandémie de la COVID-19 se déclare, une crise de solitude et d’isolement qui menace notre bien-être a frappé la société occidentale, et au Canada, on compte plus que jamais de personnes vivant seules. Plus concrètement, l’absence de liens peut facilement faire en sorte qu’une personne se démotive face à des gestes aussi fondamentaux que bien manger, bouger et prendre ses médicaments. Des études suggèrent que l’éloignement social peut augmenter le risque de crise cardiaque, de maladie d’Alzheimer ou de propagation du cancer. L’isolement touche tous les groupes d’âge. Dans la dynamique ville de Vancouver, près d’un tiers des 18 à 24 ans affirment se sentir seuls. En juin dernier, un sondage Angus Reid révélait que les personnes qui ressentent le plus souvent la solitude sont celles dont la mobilité est réduite ou qui appartiennent à une minorité visible, aux Premières Nations ou aux communautés LGBTQ. 

Les autorités de santé publique reconnaissent les conséquences de la distanciation sociale, c’est pourquoi elles nous conseillent d’aller dehors pour les atténuer et protéger notre santé mentale. Mais selon les recherches de The Lancet, les populations en quarantaine qui suggèrent qu’une consigne de confinement peut causer de la confusion, de la colère et des symptômes de stress post-traumatique, et que cet isolement, additionné à la « distanciation sociale » peuvent seulement augmenter les besoins en matière de services en santé mentale. Ce qui est troublant, puisque l’offre des soins de santé non-primaires, tels qules groupes de soutien et les thérapies, est encore plus rare en ce moment, car les organisations communautaires annulent ou réduisent leur offre de programmes, ou encore travaillent sur des plateformes virtuelles qui les rendent encore moins accessibles. 

Si vous êtes en quarantaine ou en confinement volontaire, vous devez continuer à vous sentir en relation avec les autres. C’est crucial. Établissez un jumelage avec une ou un camarade, comme le recommande l’Agence de santé publique du Canada. Surtout si vous êtes une personne vivant seule. Votre « camarade » prendra de vos nouvelles et fera vos courses, au besoin. Restez aussi en contact avec votre réseau de soutien. Le téléphone est passé de mode? Réhabilitons-le! Si vous avez accès à des technologies vidéo, comme FaceTime ou Skype, mettez votre caméra à profit. Si vous travaillez à distance, substituez la visioconférence à la traditionnelle conférence téléphonique. 

Si vous ressentez des symptômes de dépression et d’anxiété accrus en cette période de tension, contactez les services de soutien en santé mentale qui sont offerts au téléphone ou en ligne. Ceux-ci vous mettront en lien avec l’aide dont vous avez besoin pour composer avec la situation. 

Cette pandémie pourrait fort bien nous offrir une occasion de réfléchir à l’apparition d’une épidémie de solitude dans notre société et au fait que nous pouvons agir pour éviter sa propagation, comme pour la COVID-19. 

Maintenant que nous respectons une distance physique de deux mètres avec les autres, rappelons-nous que « distanciation sociale » est une erreur d’appellation. La directive vise les contacts physiques seulement. En fait, nous avons besoin plus que jamais de nous entraider, soyons « ensemble », malgré la distance que nous devons mettre entre nous.