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Les liens sociaux comme remède

Bien avant qu’apparaisse la COVID-19, la solitude exerçait un certain son poids sur notre société. Ces dernières années, la détresse liée à la solitude est devenue un problème de santé publique croissant. On en parle même comme d’une épidémie. Des chercheuses et chercheurs ont commencé à sonner l’alarme, et certains gouvernements, à agir. En 2018, le Royaume-Uni a ainsi vu une ministre de la Solitude être nommée au gouvernement. 

La solitude : mais de quoi parle-t-on exactement? 

D’abord, une personne doit se sentir seule pour souffrir de solitude, car la solitude en elle-même ne doit pas nécessairement être perçue comme une expérience négative : le problème réside dans le fait de subir la solitude sans trouver un moyen de répondre à nos besoins. C’est pour cela que la solitude est une expérience humaine subjective. Quant à lui, l’isolement social découle de liens sociaux insuffisants ou insatisfaisants. Et à l’évidence, de nombreuses personnes se sentent seules. Ainsi, près d’un tiers des Vancouvéroises et Vancouvérois de 18 à 24 ans ont déclaré se sentir seuls lors d’une enquête réalisée en 2017 par la Vancouver Foundation1. En 2019, une étude2 d’Angus Reid révélait que la population canadienne perçoit la solitude comme un problème, et que les personnes à mobilité réduite, issues d’une minorité visible ou d’une communauté autochtone ou s’identifiant comme LGBTQ en souffrent particulièrement. 

La détresse liée à la solitude n’est pas seulement une expérience courante chez nous. Aux États-Unis, un sondage mené en 20183 auprès de 20000 adultes a dévoilé une situation à la fois étonnante et alarmante. Près de la moitié des personnes sondées ont déclaré se sentir parfois ou toujours seules (46 %) ou se sentir parfois ou toujours exclues (47 %). Dans une proportion similaire, elles ont indiqué avoir l’impression de ne pas entretenir de relations significatives (43 %) et se sentir isolées par rapport aux autres (43 %). 

Le problème est principalement attribuable à l’isolement social, comme expliqué ci-haut. Nous le savons, l’être humain est un animal social. Nous sommes biologiquement programmés pour vivre en interrelation. Sans liens sociaux, nous souffrons. Et pas seulement de solitude. De fait, l’isolement social et un réseau réduit peuvent entraîner une foule de problèmes de santé physique et mentale, dont la dépression, l’anxiété et le déclin cognitif (chez les personnes aînées). Paradoxalement, ces troubles de santé mentale peuvent nous conduire à nous isoler davantage, à nous désengager de notre communauté, et ainsi accroître la détresse liée à la solitude. L’absence de relations significatives peut en outre causer des décès prématurés : une étude a même démontré que l’isolement social réduit l’espérance de vie de façon comparable à la consommation de 15 cigarettes par jour4. 

Les personnes marginalisées sont plus à risque de se sentir exclues et isolées socialement, notamment les personnes âgées, les personnes sans emploi, les personnes de minorités visibles et celles stigmatisées.  

Heureusement, à travers le monde, la recherche démontre que la détresse liée à la solitude est réversible et que le meilleur traitement consiste à tisser des liens sociaux significatifs.  

Mais qu’est-ce qu’un lien social? 

Le lien social est l’inverse de l’isolement social. 

Nos liens sociaux incluent les relations que nous tissons avec nos proches, nos collègues et les membres de notre communauté. Le lien social se traduit aussi par du soutien chaque fois qu’une personne5 : 

  • Nous offre son écoute attentive; 
  • Nous conseille en situation de crise; 
  • Nous permet de nous confier; 
  • Comprend nos problèmes. 

Tout comme l’isolement social compromet la santé, les liens sociaux peuvent avoir des effets bénéfiques considérables sur la santé mentale et physique. Nos relations contribuent à réduire notre niveau de stress, confèrent un sentiment d’appartenance et donnent du sens et un but à nos vies (Cohen 2004; Thoits1995). Les relations sociales peuvent avoir un effet immédiat sur notre bonheur et peuvent réduire la tension artérielle, la fréquence cardiaque et le taux d’hormones de stress. 

Un réseau de soutien significatif est également favorable aux personnes aînées qui, selon certaines études, démontrent un risque de démence réduit lorsqu’elles sont bien entourées. D’autres recherches menées sur les enfants ont montré qu’avoir une seule amie proche ou un seul ami proche suffit à les protéger de la détresse liée à la solitude.  

Il est possible d’améliorer le soutien social que nous apportent nos relations en apprenant à mieux communiquer et à développer notre empathie. Bien communiquer s’apprend. Éprouver de l’empathie aussi (Institut canadien d’information sur la santé 36). Nous pouvons favoriser l’apprentissage de ces compétences essentielles dans nos écoles, nos communautés et nos milieux de travail. Nous pouvons même concevoir le milieu bâti (bâtiments, parcs, lieux publics) de façon à réduire l’isolement social et à favoriser les liens sociaux (BC Centre for Disease Control). 

Les liens sociaux et la COVID-19 

Plus que jamais, alors que la pandémie nous contraint au confinement, les liens sociaux sont essentiels. Ces liens étant devenus difficiles à tisser au quotidien, nous devons choisir de les réfléchir de manière délibérée. Passer un coup de fil, faire un appel vidéo, communiquer à l’aider des nouvelles technologies numériques… voilà autant de bonnes façons d’entrer en relation même si nous ne pouvons nous côtoyer physiquement. Ce que nous qualifions d’interaction sociale « passive » – l’écoute, par exemple – favorise le lien social et réduit d’autant l’isolement6. 

La pandémie nous offre aussi une occasion de nous rassembler de façon créative et inattendue. Au Canada, la population est à l’avant-garde d’un mouvement d’«entraidisme » (caremongering et ça va bien aller) dont les membres prônent la solidarité en ces temps difficiles. 

Les collectivités qui se sont relevées après des désastres naturels ou d’autres bouleversements de même ampleur – comme une pandémie – ont montré que les liens sociaux sont essentiels à la résilience et à la capacité d’une population de rebondir. C’est simple, les collectivités « tissées serrées » réagissent mieux face à une crise ou un désastre et se rétablissent plus facilement ensuite. Le séisme et le tsunami survenus au Japon en 2011 ont bien illustré cet état de fait. Là-bas, les communautés caractérisées par des liens sociaux serrés s’en sont mieux sorties, les familles et voisins s’entraidant et les plus jeunes transportant littéralement leurs aînés hors du danger. Dans le sillage de la pandémie de COVID-19, il nous faudra particulièrement tenir compte des effets des liens sociaux sur notre rétablissement. 

Alors que nous espérons la mise au point d’un vaccin contre le nouveau coronavirus, nous disposons déjà d’un remède pour soigner les effets de la détresse associée à la solitude. C’est en partageant ce que nous ressentons vraiment et en développant un réseau de soutien que nous pouvons renforcer le tissu social. Ce remède, il se trouve dans la communauté. 

[1] https://www.vancouverfoundation.ca/ connectandengage/minireport/loneliness

[2] http://angusreid.org/social-isolation-loneliness-canada/

[3] https://www.cigna.com/about-us/newsroom/studies-and-reports/loneliness-questionnaire

[4] Harvard Health Publishing. 2010. « The health benefits of strong relationships. » Harvard’s Women’s Health Watch. Consulté le 30 mars 2020 à https://www.health.harvard.edu/ newsletter_article/the-health-benefits-of-strong-relationships

[5] Institut canadien d’information sur la santé 105

[6] BC Centre for Disease Control