Beaucoup croient à tort qu’une bonne santé mentale est synonyme de bonheur constant. On connaît les expressions « garder la tête haute » et « serrer les dents ». Et qui n’a jamais entendu le conseil : « Quand la vie vous donne des citrons, faites-en de la limonade »?

Ce que nous voulons faire valoir, c’est que vous n’avez pas besoin de lever la tête, et que vous pouvez bien faire ce que vous voulez avec les citrons que la vie vous donne. Une bonne santé mentale comprend plutôt toute une gamme d’émotions agréables et désagréables, « positives » et « négatives ». Ne renforçons pas la notion malsaine que l’adversité devrait être affrontée avec le sourire. Ce serait faire fausse route. À quoi bon.

Il y a de nombreux bienfaits à voir le bon côté des choses, à voir le verre à moitié plein. Une attitude positive peut aider à mieux gérer le stress, à développer sa résilience et même à renforcer son système immunitaire1. La pensée positive joue aussi un rôle important dans la psychologie positive, une discipline de la psychologie axée sur les mécanismes qui contribuent à l’épanouissement2. Cependant, il ne s’agit pas de toujours tout voir à travers des lunettes roses.

La positivité toxique, c’est être positif à tout prix. C’est un principe selon lequel même en présence de difficultés, on devrait toujours garder une attitude positive. Même si la positivité toxique part souvent des meilleures intentions, elle manque de compassion et peut empêcher de tisser des liens. La positivité toxique peut se manifester dans notre propre discours intérieur, de même que lorsqu’on interagit avec les autres.

Voici quelques signes qui indiquent que votre positivité est devenue toxique :

Un autre visage de la positivité toxique est ce qu’on pourrait appeler le bonheur compulsif. C’est lorsqu’on s’efforce d’être de bonne humeur et optimiste, peu importe ce que l’on ressent vraiment. C’est l’idée selon laquelle il faut sourire par politesse, et que les difficultés personnelles et les émotions pénibles devraient être gardées pour soi.

Bon nombre d’entre nous ont appris à ravaler leur tristesse, leur peur et leur colère. À rester calme et à continuer. Mais en matière d’émotions, voici quelques bonnes raisons de nommer les choses plutôt que de les enfouir.

1. La répression des émotions désagréables peut mener à une mauvaise santé physique et mentale

Lorsqu’on ignore les émotions désagréables, celles-ci ne disparaissent pas comme par magie. Elles risquent plutôt de s’accumuler et d’accroître le stress.

En effet, les études montrent que la répression des émotions peut augmenter le niveau d’anxiété et de dépression, perturber le sommeil et aggraver la santé mentale globale3.

Il est possible que la répression des émotions désagréables semble la solution la plus simple, mais elle risque bien de faire durer celles-ci plus longtemps. Pour commencer à agir sur ses facteurs de stress et à se rétablir, il faut accepter l’inconfort et comprendre ses émotions.

2. L’optimisme aveugle peut vraiment être dangereux

Nous ne faisons pas que subir les émotions. Notre corps et notre esprit les produisent pour nous transmettre des informations importantes. C’est ainsi que nous pouvons comprendre et évaluer les événements de la vie. La peur, la tristesse et la colère ne sont peut-être pas les émotions les plus faciles à vivre, mais elles existent pour nous guider.

En regardant uniquement le bon côté des choses, nous bloquons des informations utiles qui pourraient nous aider dans la vie4.

Oui, l’optimisme donne espoir, mais l’optimisme aveugle peut être problématique.

Imaginez par exemple que vous étudiez pour un examen important. Avoir confiance en votre réussite atténuera votre stress et vous aidera à vous concentrer sur l’examen. Mais espérer obtenir une bonne note sans avoir étudié ou compris la matière risque bien de vous mettre en situation d’échec.

Cela ne signifie pas que nous devions passer notre vie à voir le verre à moitié vide, mais éviter les émotions désagréables à tout prix ne nous rend pas service.

3. La détresse fait partie de l’expérience humaine

Même si ce n’est pas forcément plaisant, la plupart d’entre nous ont fait l’expérience du deuil, de la frustration, du chagrin et du danger en plus d’autres émotions plus agréables. Il est sain de vivre des émotions variées. En fait, c’est une part importante de l’expérience humaine. Il est naturel de vivre un deuil à la perte d’un être cher, et il est naturel de ressentir de la frustration après des semaines et des mois de confinement. En tant qu’humains, il nous est pratiquement impossible d’éviter les émotions désagréables. La vie est faite de hauts et de bas, et elle comporte son lot d’obstacles et d’embûches.

La tristesse, la peur et la colère sont nécessaires pour établir de véritables liens avec les autres. Nous ne pouvons tout simplement pas être empathiques et soutenir pleinement les autres si nous fuyons tout ce qui n’est pas gai.

Les émotions désagréables nous aident à donner un sens aux événements de la vie. Les émotions guident notre prise de décisions, elles favorisent l’empathie et, surtout, elles sont indispensables à notre survie. La peur nous aide à éviter les situations dangereuses, la colère à confronter ce qui est inconfortable, et le deuil à voir ce qui est le plus cher à nos yeux.

Même les émotions parfois qualifiées de « négatives » sont extrêmement importantes pour vivre une vie saine. Elles invitent à l’introspection et peuvent même catalyser le changement social.

4. Le bonheur compulsif maintient l’oppression

Si tout le monde prenait les choses du bon côté, personne ne remettrait en question le racisme, la misogynie, l’homophobie et les autres injustices sociales. La quête de justice sociale peut être alimentée par la colère, la peur et l’inconfort. Après tout, si tout le monde était constamment heureux, personne n’aurait la motivation d’apporter des changements positifs au système.

En demandant aux gens de sourire malgré la douleur causée par la discrimination et l’oppression, nous leur demandons également d’ignorer les injustices auxquelles ils font face. Si nous voulons promouvoir le changement positif, nous devons créer un espace pour la colère, le deuil, la peur et la douleur dans notre société.

À l’occasion de la Semaine de la santé mentale, nous vous invitons à #ParlerPourVrai de ce que vous ressentez. Allez plus loin et nommez vos émotions. Qu’il s’agisse d’épuisement, de créativité, de solitude, d’amertume, de confusion ou de puissance, laissez-vous guider par elles.

Pour en savoir plus sur la compréhension des émotions, leur décodage et les fondements scientifiques de ces pratiques, consultez nos autres articles et outils ici.